La lutte contre le sida s’organise à petits pas en Chine. Mais les avancées réalisées par les autorités se heurtent aux ambitions financières des hôpitaux. Ambitions encouragées par ces mêmes autorités…
“Zhang, une femme de 53 ans, est une malade du sida habitant le village de Wenlou (province du Henan, au centre de la Chine). Après avoir connu une très forte dégradation de son état de santé et frôlé la mort, Zhang a miraculeusement récupéré. Actuellement, elle peut travailler trois à quatre heures par jour dans les champs de culture de légumes. Personne ne peut deviner qu’elle a le sida”, relate, non sans fierté, le Renming Wang (la version web du Renming Ribao). Le journal chinois rappelle la situation dramatique de ce village dont les habitants ont contracté la maladie du sida après avoir vendu leur sang, pour augmenter leurs maigres revenus, à des postes de collecte qui réutilisaient les aiguilles. Les pratiques crapuleuses de ces banques de sang ont été dénoncées durant les années 1990, et, en 1998, les autorités chinoises ont interdit la vente du sang.
Selon les chiffres officiels du ministère de la Santé, à la fin juillet 2005, on enregistrait en Chine 126 808 personnes séropositives, mais le chiffre réel pourrait atteindre 840 000, rapporte pour sa part le China Daily. “La Chine annonce pour la fin de l’année 2005 un programme national de prévention qui comprend la formation de 500 000 personnes à travers le pays, alors qu’une vaste campagne d’information est déjà lancée. L’objectif étant de maintenir le nombre de personnes infectées au-dessous de 1,5 million durant les cinq prochaines années”, poursuit le quotidien chinois. En fait, et malgré le scandale des paysans du Henan contaminés par le virus du sida après avoir vendu leur sang, la Chine ne reconnaît que timidement l’ampleur du phénomène sur son territoire. Selon ONUSIDA, 10 millions de Chinois pourraient être contaminés d’ici à 2010.
Ainsi, “après avoir nié pendant des années la propagation de la maladie dans le pays, les dirigeants chinois ont finalement lancé une campagne largement financée pour lutter contre l’épidémie”, souligne de son côté The Washington Post. Cependant, ces efforts sont sapés par l’orientation constante du système de santé chinois vers la réalisation de profits. “Aujourd’hui, en Chine, si vous n’avez pas d’argent, vous n’avez pas accès aux soins. Par ailleurs, plusieurs personnes solvables sont devenues victimes de traitements et de tests inutiles. Le programme de lutte contre le sida, qui est censé fournir des traitements gratuits, est contourné pour dégager des bénéfices”, poursuit le quotidien américain en citant Odilon Couzin, le directeur d’Infosida en Chine, un groupe basé à Hong Kong.
Selon une étude réalisée récemment par l’Etat, la part des autorités centrales dans les dépenses de santé a chuté, entre 1980 et 2004, de 36 % à 17 % dans le sillage des privatisations accomplies durant les années 1980, signale le Washington Post. “L’Etat a toujours le contrôle sur les honoraires perçus pour les soins de base, mais les médecins et les hôpitaux sont libres de dégager du profit sur la vente de nouveaux médicaments et sur les tests utilisant des technologies sophistiquées.” Selon la Banque mondiale, plus de la moitié des dépenses de santé en Chine sont absorbées par l’achat de médicaments alors que, dans les pays développés, ce chiffre est de l’ordre de 15 %.
Quand les autorités chinoises ont commencé à lever le voile sur l’épidémie du sida, cette maladie a fait éclater au grand jour la recherche du gain pratiquée par les médecins et par les institutions hospitalières. Ainsi, le sida, qui a été pendant longtemps un sujet tabou et une maladie que les médecins s’abstenaient de diagnostiquer, est devenu une source de profit : “Dans plusieurs régions, les directives du gouvernement sont contrecarrées par la résistance des médecins qui préfèrent prescrire des médicaments coûteux au lieu de délivrer des soins gratuits”, rapporte le quotidien américain.
“Le processus des réformes a transformé les hôpitaux en clubs pour riches. En effet, si l’hôpital est censé faire des bénéfices, pourquoi informer les gens de l’existence de traitements gratuits ? Il y a là un réel conflit d’intérêts”, confie Zhang Ke, un spécialiste du sida à l’hôpital Youan à Pékin
Les joies du capitalisme, ou quand l’argent vaut plus que la vie !